« Le langage n’est pas aussi naturel qu’on le croit », assure Catherine Courrier, orthophoniste au CHU de Nancy. Quand la commande motrice du langage est cassée ou que les mécanismes de la compréhension sont grippés, l’orthophonie entre en jeu. Plusieurs secteurs de l’hôpital comme l’ORL, la neurologie, la neurochirurgie, la pédiatrie ou la gérontologie ont recours à ces professionnels. Problèmes de langage mais aussi difficultés à déglutir, les orthophonistes interviennent pour établir des bilans et organiser la rééducation. Tour d’horizon avec Catherine Courrier du service ORL du CHU de Nancy
Problèmes d’audition, tumeur cancéreuse, accident vasculaire cérébral, âge avancé entre autres perturbent le langage. Certaines difficultés se couplent parfois à des problèmes de déglutition. Un cancer de la gorge par exemple, justifie parfois une ablation qui peut entraîner des risques de « fausse route » des aliments ingérés. L’une des trois orthophonistes du service ORL du CHU s’occupe plus particulièrement de ces patients hospitalisés qu’elle accompagne dans leur apprentissage de nouvelles positions et de gestes pour adapter leur façon de se nourrir à leur nouvelle anatomie. Cette rééducation progressive se déroule pendant le séjour au CHU et se poursuit à la sortie du patient chez un orthophoniste proche de son domicile. Le travail sur le langage et la voix peut aussi être nécessaire suite à un accident cérébral ou à une intubation. Deux orthophonistes de l’Institut Régional de Réadaptation de Nancy interviennent sur demande des services de soins dans les deux sites du CHU.
« A la consultation d’audiophonologie du service ORL du CHU, où nous accueillons principalement des enfants âgés de quelques mois jusqu’à 2 ou 3 ans, ma collègue Marie-Madeleine Dutel et moi travaillons en étroite collaboration avec les autres spécialistes du secteur d’audiophonologie : médecin et chirurgien ORL, audiométristes, psychologues », précise Catherine Courrier. « Quand pour ces patients, le langage oral ne semble pas se mettre en place normalement, on soupçonne une déficience auditive. Ils nous sont adressés par un médecin du CHU ou exerçant en ville. » Le diagnostic orthophonique de retard ou de problème de langage dure environ une heure. Des méthodes correspondant à la tranche d’âge de l’enfant sont utilisées. « Nous observons chaque étage de l’architecture du langage. Pour les touts petits, ce sont les compétences socles de la communication comme le pointage du doigt ou le suivi d’un objet avec les yeux. L’estrade vibrante est un outil qui leur est particulièrement adapté : assis sur une plate-forme semblable à une caisse de résonance, l’enfant, aux côtés de ses parents, réagit ou non aux vibrations créées par la musique diffusée. Il s’agit ici d’associer un bruit à une sensation physique. » Pour les plus grands, l’orthophoniste est davantage attentive au vocabulaire, à la construction de phrases simples et à la compréhension. Ce bilan d’investigation et les échanges avec les autres spécialistes d’audiophonologie aident le médecin ORL à poser son diagnostic.
Si des troubles spécifiques du langage, de la compréhension ou du comportement sont constatés, l’enfant est orienté vers des structures comme le CLAP (Centre référent pour les troubles du Langage et des Apprentissages à l’Hôpital d’Enfants) ou un CMP (Centre Médico-Psychologique) ou vers une orthophoniste en libéral proche de son domicile. En revanche, si la surdité est effective, le rôle de l’orthophoniste, après l’annonce du médecin ORL, consistera à guider les parents sur le chemin de la communication avec leur enfant. « Nous leur montrons qu’ils ont déjà en eux les ressources pour faire face à cette situation, explique Catherine Courrier, car ils utilisent déjà spontanément les autres vecteurs de communication : le toucher, les gestes, les mimiques. »
« Mon rôle en tant qu’orthophoniste est aussi de participer au bilan précédant toute décision d’implantation cochléaire », poursuit Catherine Courrier. Qui est concerné par ce dispositif électronique destiné à restaurer l’audition ? « Les jeunes enfants et adultes devenus sourds après un traumatisme ou une évolution génétique, ou pour qui la mise en place du langage ne se fait pas en raison d’une surdité si importante que les prothèses auditives classiques sont inefficaces. Une fois l’implantation réalisée, nous engageons alors avec le patient un travail de rééducation. » Le « jardin d’enfants » du service est dédié à la fois aux bilans et à la rééducation. Instruments de musique, jeux, équipements en son et en informatique, maison de poupées pour illustrer les situations au domicile : tous les outils pour aider l’orthophoniste à faire associer images, objets et mots au patient. Chez les plus grands, l’enrichissement de la langue est l’une des finalités de la rééducation, avec notamment l’utilisation de logiciels informatiques particuliers. « Le concept de tous ces exercices est de rendre visible ce qui n’est qu’audible.»
11/03/10
Journée nationale de l’audition
Dépistages au service ORL du CHU de Nancy
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