CHU de Nancy / Hôpital de Garoua : unis dans la prise en charge des malades du sida grâce au réseau ESTHER
Une épidémie du sida croissante dans un pays africain, le Cameroun, en proie à un contexte économique difficile où les dépenses en santé sont inversement proportionnelles aux besoins en soins. Face a cette situation apparemment désespérée et assurément décourageante, certains se mobilisent en s’appuyant sur la solidarité humaine et le partage des savoirs et des expériences. C’est le cas des équipes du service des Maladies infectieuses et tropicales du CHU de Nancy dirigées par le Pr Thierry May, infectiologue et celles de l’hôpital de Garoua emmenées par le Dr Yaya Souleymanou, son directeur et le Dr Emmanuel Kengne, responsable du Centre de Traitement Agréé VIH, réunies par le réseau européen ESTHER afin de favoriser la formation des personnels pour une meilleure prise en charge des patients. Prochaine mission de l’équipe lorraine prévue en janvier 2012.
Garoua, chef lieu du Nord du Cameroun, est une ville de près de 400 000 habitants dotée d’un aéroport international avec une liaison directe à Paris. Oasis de verdure au cœur de la brousse, Garoua est un centre d’échanges et de passages touristiques. L’hôpital public est l’établissement de référence pour un bassin de population de près de 2 millions d’habitants ; il est doté d’un Centre de Traitement Agréé VIH qui traite 700 patients par an ainsi que d’un centre de dépistage qui enregistre près de 50 nouveaux cas par mois. Dans son organisation territoriale, l’hôpital « tutorise » des hôpitaux locaux. Les trois plus proches sont dirigés par des médecins, traitent près de 400 patients atteints par le VIH et accueillent une centaine de nouveaux patients par an. Les trois autres sont situés à plusieurs centaines de kilomètres de Garoua dans un pays où l’état des routes double parfois les distances en temps de trajet. Leurs équipes volontaires et dynamiques font avec « les moyens du bord » et parfois même, doivent décider avec le consentement du chef traditionnel.
119 professionnels travaillent à l’hôpital de Garoua dont 12 médecins, 28 infirmières et 24 aides-soignantes généralistes. Datant de 1935, la capacité théorique de l’établissement le situe au-dessus des 300 lits mais elle est réellement de 290. Aucun moyen informatique n’est disponible dans les bureaux médicaux ni les salles de soins. En 2010, près de 7 300 patients y ont été hospitalisés et 61 500 personnes sont venues consulter. Les conditions d’hospitalisation restent difficiles : 10 personnes par chambre dans une promiscuité importante, pas de point d’eau dans la pièce, un ameublement vétuste et aucune mesure d’isolement envisageable. Les infirmières assurent les soins techniques (injections, prélèvements sanguins, perfusions, transfusions) ainsi que la surveillance des patients alors que les soins de base dont les pansements sont assumés par les familles. Si l’hôpital de Garoua enregistre un taux de décès de 11%, le chiffre le plus alarmant reste lié à la cause de cette mortalité : plus de 17% par syndromes infectieux.
Une première rencontre sur place, au cours de laquelle la coopération a été officialisée, a permis à l’équipe lorraine composée du Pr Thierry May, du Pr Alain Le Faou (virologue) et de Annie Chery (cadre supérieure du pôle) de dresser un bilan de la situation et de proposer un premier plan d’action à l’équipe camerounaise. Sur la base d’ateliers de formation et de mise en situation sur des sessions n’excédant pas 3 jours, il s’agira, dans le cadre plus large d’un renforcement de la qualité des soins, de l’hygiène, du tri des déchets :
- d’améliorer les connaissances sur les traitements de 2e ligne et les effets secondaires des antirétroviraux
- d’étudier la prise en charge des infections opportunistes
- de mieux cerner le suivi des femmes enceintes et des nourrissons
- d’intégrer les notions d’éducation thérapeutique et d’information des patients et de leur entourage
- de se donner les moyens d’améliorer le circuit, la traçabilité et la tenue du dossier médical.
Une nouvelle équipe du service Maladies infectieuses et tropicales du CHU de Nancy composée d’un infectiologue, d’une cadre de santé et d’une psychologue, devrait se rendre sur place en janvier 2012 pour assurer ces ateliers de formation et de mise en situation. Résultats attendus : améliorer les conditions de prise en charge initiale et au long cours des patients, diminuer le nombre de perdus de vue (patients disparaissant du circuit des soins) et prévenir les nouvelles contaminations par une meilleure information des patients infectés.
D’autres projets sont à l’étude : la gestion des stocks et le circuits des stocks tampons pour éviter les ruptures (ARV), la venue à Nancy d’une équipe réduite de l’hôpital de Garoua, le déplacement au Cameroun d’un médecin nancéien junior, l’utilisation du réseau Internet pour le traitement de dossiers difficiles et l’échange d’outils documentaires.
Créé en Europe en 2002 à l’initiative de 4 pays (Espagne, France, Italie et Luxembourg), le réseau ESTHER s´articule surtout autour de jumelages hospitaliers, une quarantaine pour la France, et contribue à une prise en charge globale et de qualité des patients atteints par le VIH. Dans son cahier des charges : formation des professionnels (médicaux, paramédicaux, médico-techniques, sociaux...), Prévention de la Transmission Mère Enfant (PTME) et prise en charge des femmes et des enfants, équipement selon le niveau du système de santé, approvisionnement temporaire en ARV (stock tampon pour éviter les ruptures de stock), actions d´accompagnement et de soutien psychosocial des patients, développement de partenariats multiformes intégrant la société civile. Des activités d´appui technique et de soutien aux pays pour le renforcement des capacités institutionnelles complètent la démarche de façon transversale sous forme de compagnonnage. Son assise européenne a été renforcée en 2004 par l´inclusion de 4 pays supplémentaires : Allemagne, Autriche, Belgique et Portugal. L´adhésion de la Grèce en septembre 2006 et de la Norvège en novembre 2008 porte à 10 le nombre d´Etats membres du réseau.

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