Quand les articulations se rouillent,
la rhumatologie agit…
Près d’un tiers des Français souffre de rhumatismes, dont le plus fréquent l’arthrose qui concerne surtout l’adulte après 40 ans, mais aussi les rhumatismes inflammatoires chroniques (polyarthrite rhumatoïde, spondylarthrite…) qui peuvent toucher toutes les tranches d’âge. Au service de Rhumatologie du CHU de Nancy, 4 rhumatologues titulaires et une dizaine de médecins attachés soulagent chaque jour les patients handicapés par des douleurs articulaires liées à ces pathologies. Mieux comprendre les diverses formes de rhumatismes pour mieux les soigner… C’est la mission quotidienne des rhumatologues de l’établissement qui contribuent à faire progresser la spécialité. Si aucun traitement curatif n’a encore pu être mis au point à ce jour pour guérir complètement les rhumatismes chroniques, les années 2000 ont permis de réelles avancées dans ce domaine. Explications.
Les rhumatismes sont des affections qui touchent le squelette et ses annexes, comme les tendons ou les articulations et qui peuvent toucher l’ensemble de l’appareil locomoteur : poignets, genoux, hanches, colonne vertébrale… Le service Rhumatologie du CHU de Nancy, dirigé par le Pr Isabelle Chary-Valckenaere, comptabilise jusqu’à 6 000 consultations et 2 000 actes techniques (infiltrations, échographie ostéo-articulaire, électromyographie, ostéodensitométrie) par an. Si la majorité des patients qui consultent le fait pour des douleurs liées aux rhumatismes les plus fréquents (arthrose ou arthrite), les rhumatologues prennent également en charge des maladies également très fréquentes, comme l’ostéoporose, les pathologies disco-vertébrales ou les syndromes fibromyalgiques, des patients atteints de maladies auto-immunes, comme le lupus, des lésions infectieuses ou cancéreuses ostéoarticulaires, etc.
A cela s’ajoute une nouvelle forme de rhumatismes : les troubles musculosquelettiques ou TMS, encore appelés « lésions articulaires dues au travail répétitif, » qui regroupent diverses pathologies des tissus mous (muscles, tendons, nerfs). Douleurs, tendinites, engourdissements, courbatures : les symptômes sont variés, mais tous résultent d’un excès de sollicitation musculaire ou squelettique.
Le développement de TMS dans la population n’est pas récent, « mais il faut avouer qu’il prend de plus en plus de proportion depuis les 20 dernières années » ajoute le Pr Valckenaere qui met en cause les TMS dans 1 maladie professionnelle sur 2.
Il faut distinguer deux principales catégories de rhumatismes articulaires : les atteintes dites « dégénératives », les plus fréquentes et en constante progression car étroitement liées au vieillissement, comme l’arthrose ou l’ostéoporose, et les rhumatismes inflammatoires. Ceux-ci affectent entre 0,3 et 1% de la population, tous âges confondus. « On croit souvent que les rhumatismes ne frappent que les sujets âgés, c’est faux ! » rectifie le Isabelle Chary-Valckenaere « en atteste l’arthrite juvénile idiopathique, maladie chronique caractérisée par une inflammation persistante des articulations, survenant généralement chez des patients de moins de 16 ans ».
« En plus des douleurs, le retentissement des atteintes rhumatismales dans les activités professionnelles et les gestes de la vie quotidienne est souvent considérable et contribue à altérer la qualité de vie des patients », complète le Pr Valckenaere. Fréquemment, seule la progression des rhumatismes dégénératifs, liés au vieillissement général de la population est pointée du doigt, alors que les conséquences des rhumatismes inflammatoires en terme de coût, de handicap et de mortalité sont souvent plus dramatiques. Si certaines causes favorisantes sont maintenant bien identifiées (facteurs génétiques, prédispositions familiales, facteurs environnementaux comme le tabac, les déséquilibres alimentaires, l’obésité…), les mécanismes complexes qui conduisent à ces rhumatismes sont encore en cours d’explorations.
Si aucun traitement n’est encore disponible pour guérir définitivement les rhumatismes chroniques, les années 2000-2010 ont permis de réelles avancées dans ce domaine, élevant même cette décennie au rang de « décennie des os et des articulations.». La volonté de mettre l’accent sur la recherche a rendu possible des avancées significatives en matière de diagnostic, de mise au point d’outils d’évaluation et de recommandations de prises en charge.
Pour preuve, les progrès concernant les nouveaux traitements des rhumatismes inflammatoires : les biothérapies, comme les anti-TNF alpha, administrées sous forme d’injection sous-cutanée ou de perfusion et qui agit sur un plan moléculaire et non chimique. Par une action plus ciblée et plus puissante, ces biothérapies ont permis de métamorphoser la vie de nombreux patients, certes au prix d’un coût de traitement plus élevé que celui des traitements classiques.
A côté de ces traitements de fond qui ont pour but de contrôler le rhumatisme et de protéger les articulations, les antalgiques (anti-douleur) et les anti-inflammatoires restent utiles en cas de poussée. Les traitements locaux doivent toujours être privilégiés : les infiltrations permettent souvent de soulager les patients en poussée inflammatoire en injectant dans l’articulation ou autour d’un tendon un anti-inflammatoire local, souvent un dérivé de cortisone.
Dans l’arthrose, on dispose également de gels à base d’acide hyaluronique, proche du liquide synovial qui perd en viscosité avec l’âge, et qui permettent de lubrifier l’articulation douloureuse et de nourrir le cartilage articulaire : « c’est une façon de « graisser le moteur ». Certaines infiltrations et autres gestes diagnostiques ou thérapeutiques sont exécutés avec guidage, notamment par échographie, qui permet d’éviter l’irradiation de la radiographie ou du scanner.
Afin d’optimiser la prise en charge des patients, le Pr Valckenaere souligne la nécessité d’une collaboration étroite entre les médecins et les professionnels de santé paramédicaux : infirmières, ergothérapeutes, kinésithérapeutes, psychologues, diététiciennes. Les séances d’éducation thérapeutique multidisciplinaire permettent d’apprendre aux patients à mieux gérer la maladie et ses traitements.
Hélène Kwiatek, ergothérapeute attachée au service, est employée à l’IRR (Institut Régional de Réadaptation) et prestataire de service pour le CHU de Nancy. Si elle s’occupe exclusivement de patients souffrant de rhumatismes, c’est parce que le service Rhumatologie a été déclaré « service prioritaire » dans ses besoins en ergothérapeutes. « Ma mission est d’améliorer l’autonomie des patients et de leur faciliter la vie au quotidien. » Les moyens employés sont nombreux : leur présenter des outils et des ustensiles plus fonctionnels (fourchette amovible, ouvre bocal adapté à ceux qui manquent de force, verre muni de deux anses…) et leur proposer des activités artistiques, comme le tissage ou la menuiserie, pour qu’ils reprennent confiance en leurs mouvements et en leurs capacités. L’ergothérapeute se charge également de l’appareillage : « Je confectionne des orthèses en tissu de contention rigide ou en cuir, permettant aux patients de reposer ou de maintenir leurs articulations douloureuses », explique Hélène Kwiatek qui rencontre les patients en hospitalisation de jour ou en consultation suite à une programmation sur conseil du médecin.
En cas de nécessité d’une intervention chirurgicale (réparation, réaxations, prothèses articulaires, arthrodèses…), les patients sont adressés vers les services de chirurgie orthopédique comme la COT (Chirurgie Orthopédique et Traumatologique) ou l’ATOL (chirurgie traumatologique et arthroscopique de l’appareil locomoteur). Si la chirurgie préventive corrige certaines déformations pour éviter des usures prématurées, retire des kystes ou traite des tendinites, la chirurgie curative consiste souvent à placer des prothèses articulaires ou à effectuer des arthrodèses (blocage d’une articulation en position de fonction pour éviter des douleurs).
Les rhumatismes ne sont pas une fatalité. Mais, si la recherche très active dans le domaine de la rhumatologie permet régulièrement de mettre à disposition des patients et des médecins de nouveaux traitements dans l’arthrose, l’ostéoporose et les rhumatismes inflammatoires, il ne faut pas négliger l’importance d’une prise en charge multidisciplinaire et de l’éducation thérapeutique du patient rhumatisant.

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